Un remède contre la morosité !
Max, agente d’artistes ratés, et Luce, restauratrice à Montmartre, lancent « Clap Final Agency », une entreprise de funérailles hors normes. Leur credo ? Proposer aux futurs défunts des enterrements sur mesure. Tout est permis : mapping, hologramme, cercueil en verre, « kit de survie numérique » avec « Happy Birthdeath » et vidéos post-mortem sur les réseaux sociaux…
Jusqu’au jour où les obsèques d’un peintre en quête de postérité virent au scandale. « Abus de faiblesse », « escroquerie », « faux tableaux »… Les deux femmes se retrouveront au cœur d’un procès retentissant.
Une comédie jubilatoire, mordante, sur fond d’humour noir, avec des répliques qui « tuent » et un duo d’enfer. Sans temps mort…


Extraits choisis
Chapitre 1
Ce soir-là, j’avais dit à Max :
— Je sais pas si ça va me porter la poisse mais tu vois, là, depuis l’enterrement de Lucas, je pense au mien. J’ai fait ma playlist et ma «liste noire ». Les « interdits du cimetière ». S’ils viennent, je fais une attaque illico!
Et tandis que Max éclatait de rire :
— J’ai même pensé à la robe fleurie que je porterai dans mon cercueil. Au rouge à lèvres et au vernis fuchsia. Pas rouge. Jamais de la mort ! Ça jurerait avec ma carnation…
Chapitre 1
J’avais pris une feuille pour noter toutes nos idées, en vrac, avec enthousiasme. On avait pensé aux détails des funérailles mais aussi à l’après.
Avec des locations de cercueil d’apparat, un «kit de survie numérique», des « happy birthdeath » sur les réseaux sociaux, la publication de messages post mortem et de vidéos programmées en accord avec nos futurs clients. En utilisant l’IA et les nouvelles technologies pour créer des chatbots. Etc.
J’avais même proposé l’option rédaction de « biographies revues et corrigées », histoire de « booster » sa vie et de passer à la postérité…
Chapitre 1
À une heure du mat, on a bâillé au même instant, moitié pleurant, moitié riant, et on a fermé le resto.
On allait donner dans l’événementiel de la mort. Dans la « haute couture ». Avec des « enterrements sur mesure ». Des linceuls et des cercueils personnalisés.
Des trucs d’enfer.
Prêtes à croquer la vie, la mort, à pleines dents.
Mortes de rire.
Sans savoir dans quoi on s’embarquait…
Chapitre 3
Un midi, je me suis surprise à regarder mes clients avec un autre œil. Par déformation professionnelle, je les scrutais attentivement en guettant les mots-clés : « cirrhose, chimio, stade 3, proctologue, diabète de type 2 ». Mais je me voyais mal dire en apportant le dessert : « Vous avez déjà pensé à vos funérailles ? »
Chapitre 3
— Si une personnalité comme Sting acceptait de nous confier la préparation de sa « vraie sortie », sans rappel, cette fois, ça nous ferait un sacré coup de pub… Sting ne fait plus de concerts mais il joue dans la série « Only murders in the building ». Tout un programme. Et je connais son agent. Il habite apparemment pas très loin de Paris…
— Et pourquoi pas Adjani ? L’idée d’une cérémonie à son image pourrait la botter, non ?
J’imaginais déjà des bustes de Rodin dans l’église avec des robes à couper le souffle, les bijoux clinquants de la reine Margot et un dress code royal. La classe totale…
Mais bon, en termes de mise en scène, c’était plus Rock & roll et plus sympa de bosser sur le dernier show de Sting, tout de même…
Chapitre 4
Pour l’heure, j’étais avant tout la doublure de moi-même en cumulant plusieurs rôles pour un même casting : serveuse, cocréatrice d’agence, aide de camp, premier lieutenant de Max, chargée de l’accueil des futurs morts et des vivants :
— Allô, vous avez réfléchi pour le costume de votre hologramme ? Fleuri très « fashion », style Lacroix, Saint Laurent ou notre premier prix ultra basique ?
Ou encore :
— « Clap Final Agency » bonjour ! Et votre pronostic ? Qu’a dit votre médecin ?
Chapitre 12
Je n’avais jamais assisté à un procès. On se croyait un peu à la messe. Les juges, en soutane noire et blanche, nous demandaient de nous lever, de nous asseoir, avec une sonnerie stridente qui faisait sursauter.
« Dring ! Dring ! »
— Vous pouvez vous lever…
« Dring ! Dring ! »
— Vous pouvez vous asseoir…
Chapitre 12
— Concernant le sarcophage, Monsieur le juge, ajouta Max, les vœux de notre égyptologue étaient précis et assez décalés. Il voulait être enterré de profil, en pose égyptienne stéréotypée. Dino a bien galéré pour les angles en respectant les dimensions avec son mètre de tailleur. C’était de la haute couture… On s’était démenées pour exécuter ses dernières volontés, au centimètre près.
Chapitre 12
— Poursuivons, reprit le juge : en janvier 2023, vous avez fait appel à un thanatopracteur pour empailler le chien d’une dénommée Lucie Saint Clare, puis procédé, en grande pompe, à une cérémonie d’adieu. Avec un concert canin pré-enregistré et un opéra de miaulements de chats auto-tuné . C’est ça ?… Je passe sur les détails de cette cérémonie, dans un jardin du 16ème arrondissement, avec le chien empaillé allongé sur un tapis de «roses éternelles»…
Chapitre 12
De fait, Max recyclait les artistes de son agence en mal de succès. Certains occupaient le devant de la scène, comme Lucky, d’autres faisaient de la figuration. Rien ne changeait réellement pour eux, sauf le cachet. « Clap Final » était ainsi une entreprise solidaire, avec un type d’économie circulaire, fondée sur le recyclage et sur la seconde main.
Chapitre 12
— J’allais justement y venir… C’est lors de cette cérémonie « spéciale seventies » que vous avez embauché cinquante figurants déguisés en Dalida, en Mike Brant ou en John Lennon, précisa le magistrat, avec un rictus ironique, après m’avoir coupé le sifflet.
Chapitre 13
On s’est pris une méga soufflante pendant la pause, Max et moi.
— Vous parlez trop, a seriné Maître Chardin. « Les faits, rien que les faits » ! Inutile d’entrer dans les détails, Mesdames. « Les parfums », les chansons, « les trous », je n’en veux plus… Moins vous en dites, mieux c’est. Avant de prendre la parole, regardez-moi…
Chapitre 14
—Vous n’êtes pas des lanceuses d’alerte, Mesdames ! Concentrez-vous sur votre affaire et, surtout, faites profil bas. Les juges n’aiment pas les fortes têtes… Et pitié, arrêtez de piailler comme deux vieilles pies. Pour l’amour de Dieu, faites des réponses CON-CI-SES. Je vous l’ai déjà répété cent fois ! a-t-il vociféré.
Au départ j’avais pas compris. Je croyais qu’il avait dit « VIP », mais c’était « vieilles pies »…
Chapitre 15
L’audience a repris le lendemain, après un nouveau debriefing musclé avec Maître Chardin devant le palais.
Notre avocette se métamorphosait en buse, en vautour, en nous volant littéralement dans les plumes, comme la veille. Même Max se taisait en regardant le sol benoîtement et en répétant : « Compris, Maître, compris… »
— Cette journée sera déterminante. Encore une fois, aucun écart de langage ou de conduite, Mesdames. Zéro dérapage. Y a le code de la route, et celui du tribunal. Souvenez-vous…
Chapitre 15
Maître Gibot l’a interrompue en ironisant :
— L’agence « Clap Final » paye des figurants ou d’anciens comédiens pour pleurer lors des cérémonies. Elle paye aussi apparemment les témoins…
Dans le registre de la mauvaise foi, c’était le pompon !
J’ai failli ajouter : « Faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! » Mais j’ai pensé aux recommandations de Maître Chardin et je n’ai rien dit.
Chapitre 15
Sur nos portables, les notifications s’enchaînaient : « Un procès qui sent l’encens et le soufre ». « Un duo d’Enfer qui effraie autant qu’il fascine » « Quand des accusées mettent la société au ban en jouant les lanceuses d’alerte ». Le Parisien faisait même un portrait de ma pomme : « gérante d’une pizzeria, Luce Marchand mitonne les repas commandés par les défunts et prépare des cocktails mortels pour leurs proches. Un business qui rapporte gros. Quand on sait qu’on va mourir, on ne compte pas… »
Chapitre 16
— Les mocassins à la Géraldine Grenel, ça te sied à merveille, j’ai balancé avec mon plus grand sourire. Sinon, t’as pris quoi comme chaussures de rechange, cette fois ?
— Des talons en acier. Idéal pour transpercer les crânes, au cas où j’aurais des envies de meurtre, elle avait répondu sur un ton sarcastico-sadique.
On avait éclaté de rire, plus complices que jamais.
À une intersection, Max s’est exclamée :
— Concentre-toi sur la route ! Tu viens de griller un feu rouge…
Chapitre 16
Et transperçant le sale cabot des Grenel de son regard bleu acier, Max a déclaré :
— Et la banane scotchée vendue 6,2 millions d’euros, qui a été bouffée après, ça vous choque pas ? Ça fait un peu cher de la bouchée, non ?
Il y a eu des rires ou des ricanements dans l’assemblée et j’ai pouffé intérieurement. « La banane scotchée »… Un gag qui ridiculisait, une fois de plus, de trop, le monde de l’art…
Chapitre 16
Au tribunal, c’était comme dans la vie. On devait souvent la boucler, ne pas manifester sa colère ou ses émotions, par respect des convenances sociales ou par respect des autres. Politesse ? Hypocrisie ? La frontière était tellement ténue…
Max, elle, devait probablement se ronger la peau des joues pour réfréner son envie de dire haut et fort ce qu’elle pensait.
Chapitre 17
Conscient de son trouble, Maître Chardin a volé à son secours en s’interposant entre elle et l’avocat des Grenel. Il secouait très professionnellement ses larges manches pour tenter de masquer le visage passablement déconfit de Maxou, en ressemblant, pour le coup, à un grand albatros.
Au bout d’un instant, il a ouvert son bec et a laissé tomber ces mots :
— Vous insinuez quoi, Maître, avec « l’ADN des tableaux » ? Mes clientes et moi-même avons un peu de mal à vous suivre… Si j’osais un jeu de mots de circonstance, je dirais que vos conclusions sont quelque peu « tirées par les cheveux »…
Chapitre 18
Toute la salle d’audience retenait son souffle. Dino s’était figé, la bouche entrouverte, comme s’il voyait Pulp Fiction ou L’Exorciste pour la première fois. Lucky, lui, hochait la tête, ému, tandis que Marie fronçait les sourcils en calculant les doses de potassium qu’il faudrait pour calmer les ardeurs des journalistes qui s’approchaient de Max comme de vrais rapaces…
Chapitre 18
Ma cliente a parfaitement raison. Avant, on appelait ça « un atelier ». Aujourd’hui, Maître Gibot, vous appelez ça « une arnaque ». Tout est une question d’époque. Et de connaissances artistiques… Qui vous dit que tous les barbouillis signés Picasso, vendus à des millions de dollars ou d’euros, ont bien été réalisés par Picasso lui-même ?
Chapitre 19
Devant le mur en béton armé que j’étais, Max fumait nerveusement, consciente de ma surprise, de ma peine et de ma colère. Après trois cigarettes, elle a fini par rompre ce silence de mort qui nous muselait depuis le tribunal.
— Quelle journée, ma Luce, a-t-elle déclaré, le regard fuyant. Je suis é-pui-sée… Vraiment pénibles, ces avocats, ces juges, avec toutes leurs questions…
Elle semblait m’implorer avec ses yeux sans fard, fatigués, tandis que je commençais mon propre interrogatoire.
Chapitre 24
La musique était assourdissante. Champagne et confettis volaient ou coulaient à flots. On picorait, picolait, les phrases et les anecdotes fusant comme dans le bouquet final d’un feu d’artifice digne de notre agence :
— Moi, avec mon diabète, pas de « crémation : ça sentirait trop le caramel…
— Moi, avec mes cheveux longs, ça sentirait le cochon grillé…
— « Le prochain type qui me verra nue, ça sera le médecin légiste »…
Le quiz des « répliques qui tuent »…
Qui a dit quoi ?
1
J’ai fait ma playlist et ma « liste noire ». Les « interdits du cimetière ». S’ils viennent, je fais une attaque illico !
2
On voit tout de suite que c’est du Louis Grommel…
3
Tu te rappelles l’œuvre de Banksy qui s’était auto-détruite après son achat ?
Eh bien, Louis Grenel, lui, fait une ultime performance avant d’être totalement détruit par la maladie…
4
Purée de mocassins !
Je sais pas comment elle fait, l’autre, pour marcher, avec ça.
Heureusement que je les ai achetés 3 euros sur Vinted.
5
Vous avez des confettis, sur la tête, Maître…
6
Par déformation professionnelle, je les scrutais attentivement en guettant les mots-clés :
« cirrhose, chimio, stade 3, proctologue, diabète de type 2 ».
Mais je me voyais mal dire en apportant le dessert :
« Vous avez déjà pensé à vos funérailles ? »
7
De mauvaises langues ont dit que ça sentait bizarre et qu’on était sous LSD.
La seule vraie fumette, dans l’église Sainte-Victoire de Clichy-les Gonnesses,
Messieurs et Madame les juges, c’était l’encens…
8
Au départ, j’avais pas compris.
Je croyais qu’il avait dit « VIP », mais c’était « vieilles pies »…
9
Y a des prisons première classe à Honolulu ?
Avec des lits en merisier et des coussins ultra moelleux ?
Les cellules, elles sont plus agréables à Hawaï ou à Fleury-Mérogis ?
10
Comme l’aurait sûrement dit Descartes,
j’ai ajouté en voyant ses larmes affleurer : « Je morfle, donc je suis »…
11
« Du vivant de l’artiste » !
Ça alors, quelle question stupide !
Comme si Louis Grenel avait pu peindre depuis le ciel !
12
Tu crois qu’il est marié ?
Notre avocat se tenait si droit qu’on avait du mal à l’imaginer plié.
Ses positions du Kamasutra devaient être limitées.
13
Parce que tu penses que les cheveux de Louis Grenel, ils poussent sur ma tête ?
14
Je sais parfaitement garder un secret !
Si je te racontais tout ce que j’entends au resto…
Montmartre, c’est romantique, pour les amoureux, pour les couples légitimes, et, aussi, pour les amants.
J’aurais pu faire exploser une centaine de foyers dans le quartier, tu sais…
15
Ça donne ça : « Et 1, 2, 3 » …
À 4, tout le monde dansait un genre de Madison en suivant les pas de Lisa.
Le « Chardison » était né.
16
Et faudra pas dire « Votre honneur » ou vouloir jurer sur la Bible.
On n’est pas dans une série américaine, ici.
Et ce courrier, c’est pas du Trump, c’est pas du fake…
17
J’ai l’impression d’être « Archie » dans « Un
poisson nommé Wanda » !
Pris dans la nasse de cette nana… Comme tout le monde…
18
On va leur botter les fesses, ou plutôt les « escarpiner », a-t-elle dit en shootant dans le vide.
19
On dit « perchoir », pour les avocats ?
C’est pas que pour les députés ?
20
Je vous aime, Calamy Jane
Et, en point bonus, la plus fastoche :
J’ai dit : « Max ! Max ! Max ! »
Et Max a dit : « Luce ! Luce ! Luce ! »
On allait vers un max d’ennuis…